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Les conclusions et propositions de la Conférence de Bruxelles


Cette Conférence, qui se situait dans le prolongement de celle de Dakar, a posé un nouveau jalon dans le processus de configuration d'une véritable plateforme, ou forum international permanent, sur la coopération transfrontalière tel que cela a été exposé à Dakar en décembre dernier. La journée aura été riche en témoignages de qualité, sur les expériences de coopération transfrontalière.  Elle aura surtout été très riche en propositions pour améliorer les méthodes et les instruments en matière d’intégration sous-régionale et de coopération transfrontalière. Les débats ont mis en exergue l'importance, la complexité et le caractère stratégique des enjeux liés a la gestion des espaces frontaliers et à la coopération transfrontalière.

Cette coopération a été reconnue comme un levier essentiel de développement, et d'intégration. L'objectif étant, tout en reconnaissant les frontières, de les dépasser et d'en faire des ponts entre les nations, passer des barrières aux passerelles. Faire de la frontière une ressource, une opportunité. Les potentiels socio-économiques et politico-institutionnels sont considérés comme particulièrement encourageants; il en est de même pour les acquis qui ont été largement évoqués; mais les défis demeurent encore très importants.

Les États, dans ce cadre, ont été particulièrement interpelés sur l'impérieuse nécessité d’affirmer une volonté politique pour faire bouger significativement les lignes; la gestion des espaces frontaliers ne devrait plus faire peur, ni être handicapée - pour citer Monsieur le Ministre - par un attachement excessif à la souveraineté. Davantage d'attention et d'intérêt doivent être accordés aux espaces frontaliers, pour leur équipement et pour leur gestion concertée. Les États doivent redonner vie aux espaces frontaliers, accompagner et impulser le rapprochement, le dialogue déjà préexistant entre les peuples, aux frontières.

Cette coopération transfrontalière – cela a été dit et redit-  requiert la participation coordonnée de tous les acteurs, notamment les collectivités locales qui devraient davantage être « capacitées », et responsabilisées, dans la mise en œuvre de l'agenda de gouvernance et de développement frontalier. Les États doivent renforcer les capacités des collectivités locales, leur autonomie, et les associer plus formellement à tout ce qui touche à la définition et à la mise en œuvre de ces programmes.  

La  convergence et la complémentarité doivent être davantage renforcées, dans l'esprit d'un véritable partenariat. Créés par les Etats, les collectivités locales devraient en être aujourd’hui de véritables partenaires. Ce sont les territoires, les peuples, voire les individus, qui coopèrent, nous a t-on dit. Mais je dois surtout rappeler, et souligner, la place des femmes qui est considérée comme essentielle, et qui doit être davantage reconnue dans tous les programmes. Les institutions et partenaires au développement ont conçu et développé divers programmes et instruments financiers pour appuyer l'affirmation de l'autonomie et le rôle des collectivités, dans la coopération décentralisée et dans le développement territorial.

Ces efforts doivent être poursuivis dans le cadre de programmes d'appui aux collectivités locales à travers, notamment, des coopérations thématiques ou sectorielles basées  sur l'expertise territoriale. Des opportunités diverses se présentent qu'il convient de valoriser, notamment pour la formation des autorités locales, de leurs administrations en lien avec la coopération décentralisée, avec des perspectives intéressantes qui pourraient prendre la forme d'  « Erasmus des élus locaux et des fonctionnaires territoriaux ».

Il en est de même pour les Programmes de réalisation concertée et intégrée d'infrastructures transfrontalières communes. Mais, comme l’a dit l’un de nos amis, il ne s’agit pas seulement de construire des infrastructures communes mais aussi de mutualiser l’utilisation et l’exploitation des infrastructures existantes.

Il faudrait maintenant travailler a améliorer, et harmoniser, les approches méthodologiques et les instruments, au niveau régional – Union Africaine, CEDEAO, UEMOA -  au niveau des pays, au niveau  national et au niveau local. Les différentes associations - CGLUA, CADDEL, ARGA, Global local forum, Laboratoire citoyennetés - sont interpellés pour accompagner les institutions dans l’amélioration de ces instruments et de ces outils.  Les partenaires au développement sont aussi appelés à accompagner ces processus et les rendre plus efficaces.

Des observations ont été soulevées pour reconsidérer la coopération au développement, pour innover dans les démarches et pour  renforcer la solidarité  en vue d'une meilleure prise en charge des biens communs, des défis et des nouvelles crises sécuritaires qui se posent à l’échelle globale.  Il faudrait donc mobiliser tous les acteurs, sans oublier le secteur privé; et dans cette dynamique, un Agenda pourrait être développé pour réaliser de véritables « clusters », dans les zones frontalières, en fonction des chaînes de valeur, et en incluant tous les services nécessaires et avec tous les acteurs concernés.

Globalement, il a été recommandé le renforcement, la diversification, la mutualisation  et l'hybridation des financements, incluant la promotion de financements innovants ; mais c’est aussi l'accessibilité des financements, pour les collectivités locales, qui devrait être fortement améliorée.

Au final, des recommandations fortes ont été renouvelées concernant le renforcement de la décentralisation – on ne le dira jamais assez – le renforcement systématique de la place systématique des collectivités locales et territoriales,  dans la définition des politiques, des programmes et des agendas de développement.

Au delà des responsabilités sociales, les collectivités  sont invitées à s'investir de plus en plus dans des missions de développement économique et de para diplomatie. Elles offrent en effet des atouts et des actions dans la prévention des conflits sécuritaires dramatiques et des menaces terroristes.

Plus globalement, comme l’a rappelé le Commissaire de l’UEMOA, il faut croire à la capacité de la décentralisation a offrir des alternatives efficaces, positives et vertueuses. Il faut donc travailler à promouvoir plus et mieux de décentralisation. Et c'est là, même si ce n’est pas toujours évident, l'intérêt des États qui sont confrontés a de nouveaux défis, à des crise de type nouveau, dans la recherche de plus d’efficacité, de plus de crédibilité, de cohésion dans la diversité, des Etats qui gagneraient ainsi à s’engager davantage dans la décentralisation.

Le « benchmarking » pourrait aider à approfondir la réflexion pour mieux réussir ce processus, hautement politique et stratégique, de renforcement de la décentralisation. Global local forum, avec votre confiance Monsieur le Président du CCT François-Albert AMICHIA, Monsieur le Ministre François HOUESSOU, et aux cotés des autres associations que j’ai évoquées, entend s’engager davantage pour faciliter cette approche d'enrichissement mutuel.

Nous proposons, à travers notre site internet et d’autres sites, de poster l’ensemble des expériences qui aujourd’hui devraient permettre à nos pays de mieux réussir l’approfondissement des politiques de décentralisation.  Ce sont là quelques idées, encore imparfaites, que nous avons jugées important de retenir à l’issue de notre rencontre et que nous nous proposons de mettre en ligne avec une synthèse plus complète, plus fine et, certainement, plus ciblée que nous vous inviterons à améliorer, à corriger, afin de pouvoir en faire le meilleur usage.

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre attention.

Abdoulaye SENE

Président du Global local forum