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Joan Carles Garcia CAÑIZARES : "La gouvernance multi-niveaux est fondamentale"


Joan Carles Garcia Cañizares est maire de Tordera, dans la province de Barcelone, en Catalogne. Député provincial (CiU) et conseiller du président du Conseil de la province, il a occupé auparavant différentes responsabilités comme conseiller national de l’Association catalane des municipalités et au sein de la Fédération espagnole des municipalités et provinces. Pour lui le développement passe par l'approche territoriale et la gouvernance multi-niveaux est fondamentale. La coopération décentralisée est utile pour l'affermir. Entretien.

Selon vous, l’approche territoriale du développement exprime-t-elle une nouvelle manière de concevoir le développement ? 

Au Conseil provincial de Barcelone nous sommes convaincus que les gouvernements locaux sont des acteurs clés et indispensables dans les processus de développement. Par conséquent, l'approche territoriale est essentielle pour promouvoir le développement économique et social durable. Et en vertu de cette conviction, nous encourageons un débat à ce sujet, en coordination avec le PNUD et le Comité des Régions dans l'édition 2013 des Journées Européennes du Développement, le principal forum européen de coopération au développement (27 Novembre, 2013). L'Europe ne peut pas être comprise sans ses villes.  Les gouvernements locaux sont le niveau de l'administration le plus proche des citoyens, le premier à recevoir leurs demandes, qui capte leurs besoins, celui qui doit assurer la prestation des services de base et veiller à leur bien-être. C’est surtout en temps de crise, comme à présent, que les gens ont besoin du soutien et de la complicité de leurs représentants les plus proches.  Comme nous sommes en train d’observer, une tentation en temps de crise est la centralisation, sous l’argument de la diminution des dépenses. Mais la vérité est que, précisément dans une situation de crise, c’est quand des politiques décentralisées deviennent plus nécessaires, permettant l'optimisation des ressources et la définition des priorités et des stratégies pour aider à améliorer la qualité de vie des citoyens. Si nous réussissons au niveau local, nous augmentons de façon exponentielle les chances de succès à l'échelle mondiale.  Dans le domaine de la coopération au développement, l'approche territoriale contraste nettement avec les approches plus traditionnelles fondées sur une relation donateur-bénéficiaire. Nous proposons une approche plus horizontale, intégrant de nouveaux acteurs, sur la base des échanges et l'apprentissage mutuel, et dans lequel le gouvernement local est situé comme un catalyseur pour les différents acteurs d'un territoire afin d’optimiser pleinement leur potentiel. En bref, des avantages mutuels et des résultats vérifiables de l’amélioration de nos sociétés, ce qui va mener la mise en œuvre de nouveaux projets. Le coût d'opportunité des politiques publiques, avec des tensions budgétaires, a augmenté considérablement, ce qui explique pourquoi nous devrions être plus exigeants dans l'obtention de résultats tangibles, et les communiquer à posteriori. Améliorer la qualité de vie avec une stratégie de développement dans les pays bénéficiant de la coopération est la base de notre modèle. Conceptuellement, nous sommes dans un moment clé pour défendre la coopération au développement comme un modèle institutionnel et de valeur humaine.

Le Forum mondial des villes et régions qui s'est déroulé à Rabat, a mis l’accent, en lien avec le lancement, par le PNUD, du GOLD III, sur les nouveaux modes de gouvernance, la démocratie et la participation des citoyens. Les Etats européens ne sont ils pas tout autant concernés ? Dans un monde de plus en plus global, n’est il pas nécessaire de mettre en place un vrai dialogue des territoires, qui inclue le local ? du local au global ?  En ce sens, et comme maire et catalan, comment percevez-vous cette "multilevel governance" prônée par le Comité des Régions de l’Union européenne ? 

La gouvernance multiniveaux est fondamentale. Les gouvernements locaux doivent être considérés comme des acteurs indispensables dans la définition des programmes et priorités politiques, aux niveaux national et international. La Charte européenne de l'autonomie locale promue par le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux du Conseil de l'Europe (CPLRE) et ratifiée par tous les pays européens (à l'exception du Belarus), prend en charge que les gouvernements locaux doivent être impliqués dans la prise de décisions sur toute question qui leur affecte.  Nous croyons qu'il est très nécessaire de renforcer les mécanismes de coordination afin de faciliter une véritable gouvernance multiniveaux et multiacteur, pour réaliser le principe de subsidiarité et de financement, et pour capitaliser les connaissances et l'expérience de la réalité de l'administration locale. Et pour cela, bien sûr, l'engagement des Etats nationaux est essentiel. De toute évidence, ces mécanismes ne devraient pas être insensibles à la réalité du territoire et ses habitants, par conséquent ils doivent inclure des instruments concrets et effectifs de participation de la citoyenneté. Nous ne pouvons pas oublier que le niveau local est la première ligne d'action avec les citoyens, ce qui constitue le scénario idéal pour encourager des mécanismes de participation. La démocratie n'est pas la verticalité du pouvoir, mais le partage du pouvoir. En ce sens, plus grande la participation civique, plus la démocratie est vivante. La politique est une réflexion sociale et nous devons interagir pour légitimer plus fortement les politiques, et faire les citoyens coresponsables au-delà des périodes électorales. Bien que l’on ait fait des progrès, il y a encore un long chemin à parcourir avant que les gouvernements locaux soient des acteurs reconnus avec voix et vote. À cet égard, le travail de réseaux tels que PLATFORMA ou CGLU, auxquels le Conseil provincial de Barcelone participe de manière dynamique et très engagée, est essentiel.  Nous pensons que la gouvernance multiniveaux, la transversalité ou le multilatéralisme devraient être des éléments clés de l’Agenda pour le développement post-2015, qui devra comprendre des mécanismes et des outils spécifiques pour les atteindre, et devra être fondée sur un engagement politique clair. Pour renforcer la légitimité institutionnelle, nous devons concevoir la gouvernance intégrale comme un nouveau modèle d’élaboration, conception et  mise en œuvre des politiques publiques, un changement dans le modèle relationnel des acteurs.

Les jumelages de villes et la coopération décentralisée, comme politique publique, sont-ils  concernés par cette réflexion autour de l’approche territoriale ? Les pratiques européennes sont en ce domaine des plus hétérogènes et ….fragmentées. Le dialogue recommandé avec les autorités locales des pays dits du Sud ne devrait il pas être consolidé aussi entre les collectivités européennes qui se retrouvent sur de mêmes territoires partenaires ?

L'approche territoriale devrait être au cœur des politiques de coopération décentralisée. En tant que Conseil provincial, nous ne concevons pas la coopération décentralisée sans une approche du territoire. Nous croyons qu’il faut avancer vers des modèles de plus en plus horizontales et réciproques, basées sur l'échange des meilleures pratiques, le dialogue, l'échange d'expériences entre les acteurs locaux dans le Nord et le Sud, et la valeur ajoutée mutuelle des actions conjointes. La situation économique actuelle, qui nous oblige à être particulièrement strictes avec les ressources, ainsi que l'émergence de nouveaux pays à revenus intermédiaires qui jusqu'à présent étaient traditionnellement des bénéficiaires d'aide, ont changé le scénario de la coopération. Depuis la Province de Barcelona, par exemple, nous avons transformé notre modèle de coopération décentralisée et nous avons lancé des initiatives novatrices dans lesquelles les acteurs du Nord et du Sud jouent un rôle de protagoniste, et s’articulent par un dialogue ouvert d’aller et retour. Nous devons donner des réponses innovantes à de nouvelles situations sociales, à un monde global qui avance avec de forts contrastes, qui a vu changer considérablement les réalités des pays antérieurement connus comme « donneurs » et « récepteurs », en réarrangeant leurs priorités et exigences. Nous avons fait ainsi, par exemple, en tant que chefs de file du Bureau de Coordination et d'Orientation (OCO) du Programme URB-AL III de la Commission Européenne. Ce programme est devenu un laboratoire des nouvelles dynamiques de coopération dans lesquelles les gouvernements locaux sont positionnés comme moteurs de développement économique et social de leur territoire. Ce modèle basé sur des partenariats euro-latino- américains et sur l'apprentissage et l’échange d'expériences, constitue une référence incontournable que la CE devrait garder à l'esprit dans la définition de la nouvelle programmation pour la coopération, montrant des résultats et rendant plus facile la gestion à partir de la relation entre les autorités locales, dans le cadre d'un environnement d'expérience et de capacité technique. La valeur ajoutée des partenariats marque également la stratégie de notre bureau pour la Coopération au développement, qui actuellement a 144 actuations en cours d'exécution. Parmi celles-ci, nous soulignons la plateforme Local Med, un espace innovant pour l'échange entre les municipalités dans la province de Barcelone et le nord du Maroc, dans le but d'identifier des intérêts communs et promouvoir les initiatives locales de développement économique ayant un impact direct sur les citoyens.

(Propos reccueillis par Pierrick Hamon)

Contact : Carlota Rosés Montesinos, Diputació de Barcelona (Barcelona Provincial Council), European Cooperation Office · Brussels Office 
International Relations Directorate
Presidency Department  /   Tel. +32 (0) 2 223 3521  /  rosesmc@diba.cat