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Interview publiée par "La Lettre du secteur public"


 

Pour M. Abdoulaye SENE, Président du GLF, "Le pouvoir centralisé à l’extrême doit désormais être banni".

 

Interview, par "La Lettre du Secteur Public", du président de la Commission du Développement et de l'Aménagement du Territoire de l'Assemblée Nationale de la République du Sénégal,  député, ancien président de la Région de Fatick, Président du Global Local Forum.
 
Abdoulaye Sene, quelle est votre opinion sur les soulèvements populaires et les événements actuels en Afrique du Nord et au Moyen Orient ?

Le monde entier vit avec émotion et une certaine appréhension ce qui se passe. Les changements sont si rapides, se déroulent dans des conditions de brutalité telles qu’on se pose beaucoup de questions. Pour ce qui nous concerne, nous estimons que c’est une évolution pour établir des formes de gouvernement plus respectueuses de certaines valeurs morales ; une organisation prenant en compte les attentes des populations qui exigent d’autres comportements de leurs dirigeants. On trouve là de fortes attentes politiques, économiques et morales. Chacun doit savoir maintenant tirer profit des germes qui sont à la base de ces mouvements, tout en restant très vigilant sur les risques de dérive qui pourraient nous engager dans des situations peu souhaitables.

Ces mouvements sociaux, comme ceux qui surviennent dans les contextes post-électoraux en Afrique, ne sont-ils pas des symptômes d’une mauvaise gouvernance publique ?

Je pense que cela pose effectivement le problème de la concentration excessive du pouvoir. Chaque fois que, dans un pays, tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains d’une personne ou d’un groupe de personnes, que la participation des citoyens à la chose publique est étouffée, on se rend compte que les dirigeants sont aveuglés par leur sentiment de puissance. À ce moment, ils ne peuvent plus percevoir la réalité et n’imaginent plus qu’ils vont rencontrer en face d’eux une capacité de résistance significative. Quelle que soit la qualité de ceux qui sont à la tête d’un État, je suis convaincu que cette forme de pouvoir centralisé à l’extrême doit désormais être bannie. Les dirigeants politiques doivent garder conscience qu’ils sont des êtres humains avec leurs forces et leurs faiblesses. Pour cela, il faut répartir le pouvoir.

Cela ne plaide-t-il pas en faveur d’une plus grande décentralisation ?

La meilleure façon de procéder, c’est de répartir les pouvoirs entre les différents échelons de gouvernance publique. Je suis convaincu que si les collectivités territoriales exercent davantage de compétences avec un agencement mieux déterminé dans les différents ordres de gouvernance, il y aura moins de passion dans les élections présidentielles. Quand on observe bien ce qui se passe en Afrique, on constate que les crises post-électorales ne concernent que le lendemain des élections présidentielles, jamais les élections des parlementaires, ni les élections locales. Tout se vit en fonction du caractère absolu du pouvoir central.
Il faut que les futurs chefs d’État comprennent qu’ils ne doivent pas vouloir tout faire. Ils doivent être davantage des coachs, des ensembliers, des orientateurs. Ils ne doivent surtout plus être des pilotes absolus entre les mains de qui reposent tous les leviers. C’est que nous apprennent les événements actuels et j’ai la conviction qu’ils vont nous conduire à un renforcement de la décentralisation, à une plus grande reconnaissance des autorités intermédiaires et des pouvoirs locaux.
 
Propos recueillis par Jean Dumonteil