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Pour une approche stratégique de la coopération transfrontalière et décentralisée, par Andris Piebalgs, commissaire européen au développement


Résumé. L’Union européenne veut promouvoir la coopération transfrontalière, si importante pour les territoires frontaliers souvent soumis à de fortes contraintes et disparités nationales. Les autorités locales ont un rôle prioritaire à jouer dans les actions de développement. L’Union européenne soutient les programmes de coopération décentralisée menés dans ce cadre.

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Auteur. Andris PIEBALGS est commissaire en charge du Développement de l’Union européenne. Il a été ambassadeur de Lettonie en Estonie, puis auprès de l’Union européenne, puis ministre des Finances et vice-Premier ministre, avant d’être nommé une première fois commissaire européen à l’Énergie.

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Texte. En Europe comme en Afrique, les régions frontalières pâtissent des distorsions qui affectent les échanges commerciaux, de la qualité de leurs infrastructures, ou encore de retards dans l’établissement des partenariats et des réseaux. Même si la construction macro-régionale (union douanière, harmonisation et coordination des politiques nationales) a enregistré d’importants progrès au cours des dernières sur le continent africain, les effets de cette intégration sur les populations tardent à se manifester.

Le niveau transfrontalier, caractérisé par les rapports de voisinage entre collectivités ou autorités territoriales relevant de plusieurs États, participe à la construction des « chaînons manquants » des unions régionales. C’est pourquoi, le gouvernement du Mali avait initié, dès le début des années 2000, le concept de « pays-frontière » avec ses voisins ; celui-ci étant défini comme « un espace géographique à cheval sur les lignes de partage de deux ou plusieurs États limitrophes où vivent des populations liées par des rapports socio-économiques et culturels. »

La crise au Mali, et le défi de reconstruction, témoignent bien de l’importance de la dimension régionale et transfrontalière. La stabilisation et le développement à long terme des espaces saharo-sahélien sont devenus des priorités pour l’Afrique et le Monde. Les pays ouest et centre africains concernés se sont dotés ou sont en train de se doter de stratégies spécifiques dans ces domaines, À travers sa stratégie Sahel, l’Union européenne confirme qu’elle est active sur tous les fronts (humanitaires, développement, sécuritaire et politique) et prête à continuer à s’associer avec tous les autres acteurs pour renforcer la sécurité et le développement du Sahel, et ce à différentes échelles géographiques.

La nécessaire prise en compte de ces multiples échelles nous invite à promouvoir une coopération aux multiples visages : (i) transnationale entre deux ou plusieurs pays, (ii) transrégionale entre les espaces CEDEAO, UEMOA, Afrique centrale, Afrique du Nord, (iii) sous régionale, (iv) et Transfrontalière au sens de la coopération de proximité entre populations et territoires situés de part et d’autre d’une frontière. Dans cet esprit, et dans la perspective du 11e FED, la Commission se devra d’être plus inventive pour imaginer des instruments de réponse adaptés à ces différentes échelles.

Le rôle clé des autorités locales dans le développement des pays partenaires

À travers son document d’orientation « Accorder une autonomie accrue aux autorités locales dans les pays partenaires pour une meilleure gouvernance et des résultats plus concrets en matière de développement » (15 mai 2013), l’Union européenne entend affirmer le rôle clé des autorités locales et de leurs associations dans le développement de chaque pays partenaire. Leur apport en matière de bonne gouvernance, de croissance inclusive, en développant une approche territoriale au sein ou par-delà les frontières est essentiel. Dans ce contexte, les autorités locales doivent devenir des facilitateurs du développement conçu comme un enjeu démocratique au niveau local, en coopération avec les autorités nationales, les organisations de la société civile, leurs associations faîtières et le secteur privé. Pour y contribuer, l’Union européenne établira dans l’avenir une coopération plus stratégique avec les autorités locales, visant à libérer leur potentiel, à favoriser leur autonomie ainsi qu’à renforcer leurs capacités, pour exercer le mandat et leur pouvoir d’initiative en tant que décideurs politiques.

La place de la coopération décentralisée dans la nouvelle stratégie européenne

Tenant compte des résultats du dialogue structuré sur la participation des organisations de la société civile et des autorités locales à la coopération au développement, et des engagements pris à Busan, la Commission européenne continuera à soutenir les autorités locales pour leur permettre de répondre aux défis du développement pour l’après-2015 : migrations, sécurité alimentaire, urbanisation rapide (en vue de la préparation d’Habitat III), sécurité publique et violence, changement climatique, conséquences environnementales et sociales des activités extractives, etc.

La Commission européenne continuera à soutenir et à coordonner la coopération décentralisée entre les autorités locales d’Europe et des pays partenaires sur la base de partenariats institutionnels durables fonctionnant d’égal à égal. La coopération décentralisée entre les autorités locales européennes et leurs homologues des pays tiers peut apporter une valeur ajoutée à la mise en œuvre des actions de développement au moyen d’un processus constant d’apprentissage entre pairs, de transfert de savoir-faire et de renforcement de la participation des acteurs locaux à l’espace public au niveau local.

Prenant acte de ce que de nombreuses autorités locales européennes jouent un rôle de bailleurs de fonds, l’UE appelle ces acteurs à mettre en commun leur savoir-faire et à entamer une coopération plus systématique de façon à intensifier l’impact de cette coopération au niveau local, dans le respect des principes d’efficacité de l’aide et du développement. Ensemble, nous pouvons contribuer également par la coopération décentralisée, à rendre plus autonomes les autorités locales des pays partenaires.