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La coopération transfrontalière pour aller plus loin dans l’intégration, par Cheikhe Hadjibou Soumaré et François Albert Amichia


Auteurs. Cheikh Hadjibou SOUMARE, ancien Premier ministre du Sénégal, président de la Commission de l‘UEMOA (Union Économique et Monétaire de l’Ouest Africain), est ancien élève de l’École nationale d’administration et de magistrature (ENAM) de Dakar. Économiste, il fut égalementministre du Budget et de l’Habitat. François Albert AMICHIA est président du Conseil des collectivités territoriales (CCT/ UEMOA). Responsable politique ivoirien, il est maire de Treichville dans l’agglomération d’Abidjan, et président de l’Union des villes et communes de Côte d’Ivoire (UVICOCI).

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Texte. En Afrique de l’Ouest, la colonisation, la division des territoires selon le modèle des États-Nations européens, la croissance démographique et l’urbanisation ont profondément modifié les relations culturelles, linguistiques et humaines préexistantes. La volonté manifeste des dirigeants des nouveaux états indépendants de favoriser la libre circulation des biens et des personnes dans l’espace ouest africain s’est traduite par la création de l’Union monétaire ouest africaine (UMOA) dès 1962 et de la Communauté économique d’Afrique de l’Ouest (CEAO) en 1973. La création, dans le prolongement de la CEAO et de l’UMOA, de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) au lendemain de la dévaluation du franc CFA en 1994, constitue une étape importante dans le processus d’intégration régionale. Après moins de vingt ans d’existence, l’UEMOA représente aujourd’hui un exemple réussi d’intégration sous-régionale africaine qui repose sur des organes communautaires forts dont le dernier né est le Conseil des collectivités territoriales (CCT) de l’UEMOA.

La création du CCT, Par acte additionnel du 30 mai 2011, traduit la ferme volonté de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement d’impliquer les collectivités territoriales dans le processus d’intégration régionale et de promotion d’un développement territorial. La feuille de route élaborée, par le CCT, dès son installation, donne une part importante à la coopération décentralisée entre collectivités territoriales de l’Union et notamment à la coopération transfrontalière.

Les enjeux transfrontaliers dépassent bien souvent les dimensions régionale et nationale. Les communautés vivant dans les espaces transfrontalières sont souvent les plus pauvres et les plus enclavées, au sein des territoires nationaux. Elles sont bien fréquemment amenées à se tourner vers les pays voisins pour travailler, pour se soigner, pour scolariser leurs enfants.

L’UEMOA entend donc faire de la coopération décentralisée un outil efficace d’amélioration des conditions des populations aux frontières de nos pays et un moyen pour accélérer l’intégration de nos États en s’appuyant sur la complémentarité et les savoir-faire des collectivités territoriales.

Les projets de coopération transfrontalière sont de natures différentes et très variables ; ils peuvent toucher les domaines du développement économique, des transports, de la santé, de l’éducation, de l’aménagement du territoire, de la formation professionnelle, de la problématique environnementale ou encore de l’assainissement et de l’eau. Les conventions de partenariat technique et financier, signées le 23 mars 2013 à Abidjan, permettront à la Commission de l’UEMOA et au CCT, de bénéficier de l’appui financier de la Coopération suisse et de l’expertise de Global local forum pour la mise en oeuvre de projets intégrateurs transfrontaliers. Les premières actions envisagées par le CCT, vont permettre de renforcer les infrastructures de base des territoires des zones frontalières, notamment, dans les zones SKBO (Sikasso-Korhogo-Bobo) et IIISAHEL (Initiative pour l’intégration de l’infrastructure régionale au Sahel). Les crises et les revendications sécessionnistes, qui secouent la sous-région ouest africaine depuis de nombreuses années nous appellent, cependant, à aller beaucoup plus loin dans notre processus d’intégration sous régionale.

• Aller plus loin en renforçant notre marché commun et en développant les infrastructures régionales de transport et de communication.

• Aller plus loin en continuant de briser les barrières de la langue, déjà fissurées par l’intégration de la Guinée Bissau, par l’intégration dans notre union économique et monétaire de nos voisins anglophones.

• Aller plus loin en brisant les frontières nationales pour aller vers une citoyenneté ouest-africaine intégrant l’ensemble des pays membres de la CEDEAO.

L’avenir appartient aux espaces économiques régionaux forts, et nous devons continuer à construire l’intégration régionale simultanément et conjointement par le « haut » et par le « bas », dans une approche inclusive. Continuer à rapprocher les peuples et à créer des points de suture entre les espaces frontaliers.